Renforcement continu
Kira maintient un faible débit dans un groupe musculaire pour augmenter durablement ses performances. Elle peut courir plus vite, tenir une prise, porter une charge ou renforcer ses appuis sans vider immédiatement sa réserve.
КИРА ОРЛОВА
ELLE · 17 ANS
"Je ne rends pas les coups.
Je les recycle."
PROFIL PSYCHOLOGIQUE
Calme, observatrice et difficile à impressionner, Kira préfère retourner une situation par une phrase bien placée plutôt que par un coup. Elle laisse rarement paraître ce qui l’atteint : son calme n’est pas une absence d’émotion, mais une manière de ne jamais offrir prise aux autres.
Elle accorde difficilement sa confiance, mais sa loyauté devient entière lorsqu’elle considère quelqu’un comme l’un des siens. Elle n’hésite alors pas à prendre sa défense. En revanche, Kira pardonne difficilement et conserve longtemps le souvenir d’une trahison.
Grâce à un entraînement régulier, Kira possède une force, une endurance et une explosivité nettement supérieures à celles de la plupart des élèves de son âge. Sans avoir une carrure imposante, elle reste physiquement redoutable, y compris lorsqu’elle n’utilise pas Inertia.
Kira mesure 1,73 mètre pour 70 kilos. Elle possède une silhouette athlétique aux proportions assez équilibrées. Sa taille est marquée, ses hanches légèrement dessinées et sa poitrine plutôt discrète. Ses formes ne disparaissent pas sous sa musculature, mais celle-ci reste bien présente. Elle se remarque surtout au niveau de ses cuisses, de ses mollets et de ses épaules, beaucoup plus sollicités par la course, les changements d’appui et les entraînements répétés. Ses bras sont fermes sans être épais et son ventre tonique conserve un aspect naturel plutôt que parfaitement sculpté.
Son corps s’est adapté à une capacité qui lui demande d’encaisser des chocs, de courir et de changer brutalement de direction. Elle n’a donc pas la carrure massive d’une combattante pure. Sa force vient davantage de ses appuis, de son explosivité et d’un entraînement régulier que d’un volume musculaire impressionnant. Même au repos, elle se tient rarement de manière relâchée. Son dos reste droit, ses appuis stables et ses gestes mesurés, comme si elle gardait constamment une partie de son attention sur ce qui l’entoure.
Inertia absorbe une grande partie de la violence des impacts, mais une fraction de la contrainte traverse tout de même son corps. Au fil des entraînements, ces chocs répétés ont provoqué de nombreuses microfissures qui se sont consolidées entre les séances. Ce remodelage progressif a rendu ses os plus denses et nettement plus résistants que ceux d’une personne ordinaire. Ils ne sont pas incassables, mais supportent mieux les réceptions, les collisions et la puissance de ses propres mouvements renforcés. Le phénomène touche surtout les zones régulièrement exposées aux coups et aux réceptions, notamment ses mains, ses poignets, ses avant-bras, ses côtes et les os de ses jambes.
Son teint clair est assez uniforme, bien qu’il puisse paraître plus pâle lorsqu’elle est fatiguée. Son visage est fin, avec un menton légèrement pointu, un nez droit et des lèvres naturellement pâles. Ses sourcils sombres soulignent un regard attentif qui se pose longuement sur les gens et les détails qui l’intéressent. Ses traits demeurent la plupart du temps calmes, presque impassibles, ce qui donne souvent l’impression qu’elle juge silencieusement la situation. Elle sourit peu et ses émotions passent davantage par une légère tension de la mâchoire ou un changement dans son regard que par de grandes expressions.
Ses cheveux noirs sont lisses, épais et coupés en un carré qui encadre son visage avant de retomber jusqu’à ses épaules. Leur longueur reste suffisamment courte pour ne pas gêner ses mouvements, mais quelques mèches viennent régulièrement se placer devant ses yeux. Elle les repousse alors d’un geste machinal, sans réellement se préoccuper de maintenir une coiffure parfaite. Après un effort ou un combat, l’ensemble devient rapidement plus désordonné et renforce le contraste avec son maintien habituellement très contrôlé.
Sa démarche est régulière et silencieuse. Elle ne traîne pas les pieds, ne se presse presque jamais et semble toujours savoir où elle va. Ses mouvements restent sobres, sans gestes brusques ni attitude inutilement démonstrative. Lorsqu’elle s’arrête, elle répartit naturellement son poids sur ses deux jambes et conserve des appuis stables. Après un combat prolongé, cette maîtrise commence toutefois à se fissurer : ses muscles demeurent tendus, ses gestes perdent en fluidité et ses appuis deviennent progressivement moins assurés.
À Wellston, Kira porte son uniforme correctement, mais sans chercher à lui donner un aspect trop strict. Elle préfère une veste légèrement ample, dans laquelle elle peut bouger sans être gênée, ainsi que des chaussures suffisamment confortables pour courir. En dehors des cours, elle conserve cette même sobriété et choisit surtout des vêtements sombres aux coupes simples. Les seuls éléments décoratifs qu’elle s’autorise sont quelques accessoires argentés, toujours discrets et rarement assez voyants pour attirer l’attention.
Une fine oblique marque la peau sous son œil gauche. Ses iris, naturellement vert sombre, deviennent progressivement émeraude lorsque sa capacité s’active. Des reflets de la même couleur peuvent alors apparaître autour de la partie de son corps dans laquelle elle concentre son énergie.
NOM DE LA CAPACITÉ
Description de la capacité — Inertia permet à Kira de capter et de stocker de l’énergie cinétique dans une réserve interne. Dès son activation, son aura récupère les micromouvements produits par sa respiration, les battements de son cœur, le maintien de sa posture et les faibles vibrations transmises à son corps. Ce recyclage explique sa recharge passive très lente. Ses mouvements volontaires accélèrent l’accumulation, tandis que l’énergie cinétique des impacts et des poussées reçus offre le meilleur rendement.
Elle peut faire circuler cette énergie dans son corps avec le débit de son choix ou la transmettre à un objet comme à une portion de surface solide. Une faible dépense entretient un renforcement, tandis qu’une libération massive produit un effet plus violent. L’énergie dépensée ne peut pas être immédiatement réabsorbée. Un déplacement boosté récupère seulement l’énergie issue de son effort naturel, des forces extérieures et de l’élan dissipé. Il consomme donc toujours plus qu’il ne restitue.
Lorsqu’une force atteint son corps, Inertia absorbe une partie de son énergie cinétique et réduit les dégâts liés à l’impact. Cela fonctionne aussi sur la poussée d’une explosion, d’une rafale d’air ou d’un projectile d’aura, mais pas sur les propriétés de l’attaque qui ne reposent pas sur un mouvement ou une poussée. Son aura vert émeraude devient plus dense à mesure que la réserve se remplit.
La proportion absorbée dépend de la puissance physique réellement engagée dans le coup. Face à une attaque physique équivalente à son niveau de 4.6, Kira détourne environ 50 % de l’énergie cinétique, ce qui réduit d’autant la violence du choc et la douleur immédiate. Ce taux augmente de 10 points chaque fois que la puissance physique de l’attaque est inférieure de 0.2, jusqu’à permettre une absorption complète. Il diminue de la même manière contre une force supérieure, sans toutefois descendre sous 10 %. Cette protection minimale ne suffit pas à rendre un impact extrême supportable. Si 90 % de sa puissance traverse encore son aura, le coup peut la blesser gravement ou la mettre hors combat.
Le calcul repose uniquement sur le renforcement physique utilisé au moment de l’impact, et non sur le niveau général de l’adversaire. Un combattant de niveau 5.0 dont la capacité n’améliore ni la force ni la vitesse frappe toujours avec un corps ordinaire. Kira peut alors absorber la quasi-totalité du choc sans difficulté. À l’inverse, le coup d’un adversaire de même niveau spécialisé dans la puissance physique dépasse largement cette protection. Les brûlures, les coupures, les toxines et les autres effets qui accompagnent parfois l’impact ne sont pas réduits par ce pourcentage.
Kira maintient un faible débit dans un groupe musculaire pour augmenter durablement ses performances. Elle peut courir plus vite, tenir une prise, porter une charge ou renforcer ses appuis sans vider immédiatement sa réserve.
Elle rassemble une grande quantité d’énergie dans un membre avant de la libérer en une seule fois. Un coup, une poussée ou un saut gagne alors brutalement en puissance, au prix d’une consommation élevée et d’un contrôle plus difficile.
En alimentant ses jambes et son bassin, Kira peut soutenir une allure supérieure à sa vitesse naturelle. Une hausse soudaine du débit lui permet ensuite de bondir, d’esquiver, de freiner ou de changer violemment de direction.
Après avoir amorti un coup, une chute ou une onde de choc, Kira peut rediriger aussitôt l’énergie cinétique récupérée dans une esquive, une frappe ou une contre-impulsion destinée à créer de la distance.
Kira transmet une quantité choisie de sa réserve à un objet avant de le lancer ou de s’en servir comme arme. La charge se libère au premier impact et ajoute une violente poussée à celle de l’objet. Elle utilise principalement des billes d’acier. Malgré leur petite taille, une bille trop chargée peut atteindre une puissance comparable à celle d’une balle d’arme à feu et provoquer une blessure mortelle.
Elle peut charger un objet immobile ou une portion précise d’une surface solide, comme le sol, un mur ou une porte. L’énergie reste concentrée autour du point touché au lieu de se répandre dans toute la structure. La première personne qui marche, s’appuie ou pose la main dessus déclenche la charge et se trouve projetée loin de la surface. Une fois le piège posé, Kira ne peut plus choisir sa cible ni retenir la décharge.
FORCES DE LA CAPACITÉ
FAIBLESSES DE LA CAPACITÉ
ÉVALUATION INTERNE
Les données sociales, psychologiques et pratiques consignées par l’établissement.
Kira possède un tempérament calme et équilibré. Elle préfère comprendre ce qui se passe avant de réagir, quitte à prendre quelques secondes de plus que les autres pour se faire une opinion. Cette habitude lui donne une certaine assurance, mais ne la rend ni effacée ni distante.
En groupe, Kira n’éprouve pas le besoin d’occuper toute la place. Elle est généralement plus à l’aise au sein d’un cercle réduit que dans une foule bruyante, mais sait s’adapter sans rester enfermée dans un coin. Les silences ne la gênent pas et elle n’essaie pas de les remplir à tout prix. Avec des personnes qu’elle connaît bien, elle devient toutefois plus expressive, parle davantage et se laisse facilement entraîner dans les plaisanteries du groupe.
Son sens de l’observation se manifeste surtout dans les détails ordinaires. Elle remarque les changements d’attitude, les contradictions dans un récit ou le moment où quelqu’un commence à perdre patience. Kira ne passe pas son temps à analyser tous ceux qu’elle croise, mais elle retient rapidement ce qui lui paraît important. Cette perspicacité la rend difficile à tromper avec une excuse improvisée. Elle peut cependant tirer une conclusion trop vite et s’y accrocher simplement parce que son premier raisonnement lui semblait cohérent.
Le sarcasme occupe une place importante dans sa manière de communiquer. Kira répond volontiers à une remarque prétentieuse par une pique, souligne l’absurdité d’une situation avec un sérieux parfait et taquine régulièrement les personnes dont elle est proche. La plupart du temps, cet humour reste complice et lui permet de détendre l’atmosphère. Lorsqu’elle est agacée, il devient cependant beaucoup plus mordant. Elle sait repérer le détail qui fera réagir son interlocuteur et peut choisir de s’en servir sans mesurer immédiatement les conséquences. Il lui arrive ainsi d’aller trop loin, de transformer une plaisanterie en attaque personnelle ou de blesser quelqu’un alors qu’elle cherchait seulement à avoir le dernier mot. Elle sait rire d’elle-même et accepte qu’on lui réponde sur le même ton, mais reconnaît moins facilement ses torts lorsqu’elle estime que sa cible avait commencé.
Son calme ne correspond pas à une absence d’émotions. Kira sourit, rit, s’agace et s’inquiète comme n’importe qui, mais ses réactions restent rarement excessives. Lorsqu’un problème survient, elle essaie d’abord de ralentir le rythme afin de ne pas prendre une mauvaise décision sous l’effet de la colère. Avec ses proches, elle est capable de reconnaître qu’elle va mal ou qu’une situation l’a touchée, même si elle a parfois besoin d’un peu de temps avant d’en parler correctement. Quand la pression devient trop forte, elle se montre plus brève, plus impatiente et son sarcasme devient sensiblement plus agressif.
Face à un désaccord, Kira privilégie la discussion tant qu’elle pense que l’autre personne est disposée à écouter. Elle n’aime pas crier et ne confond pas autorité avec volume sonore. Si la conversation devient inutile, elle préfère y mettre fin et revenir plus tard avec une solution concrète. Elle ne recherche pas les confrontations, mais ne se soumet pas davantage à quelqu’un sous prétexte que son niveau est supérieur au sien. Les abus de pouvoir l’agacent particulièrement, même si elle choisit généralement le bon moment pour intervenir plutôt que de se jeter dans une situation impossible par pur héroïsme.
Sa confiance se construit progressivement, sans épreuve secrète ni méfiance systématique. Kira laisse surtout le temps et les actes lui montrer ce qu’une personne vaut. Une fois attachée, elle devient très loyale et reste présente lorsque les choses se compliquent. Elle protège ses proches sans les traiter comme des personnes incapables de se défendre et respecte leurs décisions, y compris lorsqu’elle n’est pas entièrement d’accord. Son affection s’exprime naturellement par sa disponibilité, les services qu’elle rend, les conseils qu’elle donne et les moments de complicité qu’elle entretient avec eux. Elle accepte également leur aide, même si son premier réflexe est souvent de chercher une solution seule.
Tempérée ne veut pas dire irréprochable. Kira est têtue, parfois trop certaine de son jugement et facilement irritée lorsqu’on insiste sur un point qu’elle pensait déjà réglé. Son désir de rester raisonnable peut la pousser à minimiser un problème ou à croire qu’elle maîtrise encore une situation qui commence à lui échapper. Elle pardonne les erreurs, les maladresses et les paroles prononcées sans réfléchir, mais supporte beaucoup moins les humiliations volontaires et les véritables trahisons. Sa rancune se traduit alors par une froideur durable et une difficulté à faire le premier pas. Elle sait reconnaître ses torts lorsqu’on lui présente des faits clairs, même si les excuses peuvent parfois mettre un peu de temps à arriver.
Kira se montre enfin assez inventive lorsqu’un plan ne fonctionne pas comme prévu. Elle n’est pas attachée à une méthode particulière et préfère modifier son approche plutôt que répéter inutilement la même erreur. Elle aime d’ailleurs les énigmes, les problèmes de logique et les casse-têtes qui demandent d’essayer plusieurs pistes. Lorsqu’une solution lui échappe, elle peut y revenir pendant des heures simplement parce qu’elle supporte mal de laisser une question sans réponse. Cette souplesse contraste avec son entêtement personnel : elle change facilement de stratégie, mais beaucoup moins facilement d’avis sur quelqu’un. C’est précisément ce mélange de calme, de sarcasme, de loyauté et de défauts très ordinaires qui la rend agréable à côtoyer sans la rendre toujours facile à comprendre.
Tempérée, perspicace, loyale et capable de s’adapter rapidement. Kira peut néanmoins se montrer têtue, rancunière et trop sûre de son propre jugement. Lorsqu’elle est agacée, son sarcasme manque parfois de mesure et peut devenir inutilement blessant.
Kira conserve généralement son sang-froid sous la pression, résiste bien aux tentatives d’intimidation et sait mentir de façon convaincante lorsque la situation l’exige. Elle ne manque pas d’émotions, mais parvient le plus souvent à les contenir jusqu’à ce qu’elle puisse les exprimer dans un contexte plus sûr.
Initiée à l’informatique par son père, Kira a ensuite approfondi seule ses connaissances grâce à Internet. Elle sait assembler et dépanner un ordinateur, configurer un système, résoudre des problèmes logiciels ou de réseau et possède de bonnes bases en programmation. Sans être une spécialiste, elle sait chercher, comprendre et appliquer des solutions à des problèmes techniques assez avancés.
Ne disposant d’aucun revenu personnel, Kira dépend de l’argent que lui font parvenir ses parents pour couvrir les frais de l’internat, le reste constituant un modeste argent de poche pour ses sorties.
Les conversations franches, les réparties sarcastiques, les énigmes bien construites, les endroits calmes, marcher tard le soir, les boissons glacées et les personnes capables de lui tenir tête.
Être touchée sans prévenir, les abus de pouvoir, les personnes qui se vantent de leur niveau, les foules bruyantes, la mauvaise foi, les questions trop insistantes et devoir répéter plusieurs fois la même chose.
Course à pied, entraînement physique, longues promenades en soirée, écoute de musique, casse-têtes et problèmes de logique.
Kira garde à sa ceinture un petit sac doublé de tissu contenant quinze billes d’acier d’environ quinze millimètres. La doublure évite qu’elles s’entrechoquent lorsqu’elle marche ou court. Elles restent déchargées dans le sac et Kira n’en sort une qu’au moment de l’utiliser. Une charge modérée produit surtout une poussée, mais une bille surchargée peut devenir aussi dangereuse qu’un projectile d’arme à feu.
PARCOURS DE KIRA ORLOVA
Kira est née à Moscou, d’un père russe et d’une mère américaine. Elle y a passé presque toute son enfance, entre deux langues, avant qu’un renvoi injuste ne bouleverse sa scolarité. Les États-Unis, puis Wellston, sont arrivés ensuite. Pas comme un grand rêve préparé depuis toujours : plutôt comme une autre route, prise au moment où rester sur place n’avait plus beaucoup de sens.
2009 — Moscou
Kira Orlova naît le 2 mai 2009, à Moscou. Son père, , est russe et travaille dans l’informatique. Sa mère, , est américaine et employée à l’ambassade des États-Unis. Ils se sont rencontrés par l’intermédiaire d’amis communs, sans histoire spectaculaire à raconter derrière. Ils ont discuté, se sont revus, puis ont fini par s’installer ensemble. Moscou s’est imposée assez naturellement : Eleanor y avait son poste et Mikhaïl pouvait organiser son travail de façon à être souvent à la maison.
Chez les Orlova, rien de particulièrement dramatique. L’argent n’est pas illimité, mais les factures sont payées et Kira ne manque de rien. À table, les deux langues se mélangent sans que personne y pense vraiment. Avec son père, les réponses viennent en russe, et avec sa mère, en anglais. Il lui arrive de changer de langue en pleine phrase parce qu’un mot arrive avant l’autre. Toute son enfance se passe ainsi. En revanche, la cour d’école, les cours et ses amis sont russes. Son anglais en garde un accent très prononcé. Même après son départ, elle ne fera aucun effort sérieux pour le gommer. Il fait partie de sa voix, voilà tout.
Ses parents se ressemblent peu. Sa mère prévoit, vérifie et garde rarement un détail au hasard — une habitude prise avec son métier. Son père fonctionne davantage à l’instinct. Devant un problème, il préfère essayer, se tromper et recommencer plutôt que passer une heure à en discuter. Kira a récupéré le mélange : elle observe d’abord, mais supporte mal de rester les bras croisés une fois qu’elle pense avoir compris.
Petite, elle traîne souvent à côté du bureau de son père. Au début, elle regarde seulement les fenêtres défiler sur l’écran. Ensuite viennent les questions, de plus en plus précises. Il lui apprend à reconnaître les composants d’un ordinateur, à installer un système, à chercher l’origine d’une panne et à ne pas cliquer au hasard en espérant que tout se répare. Pour le reste, elle fouille sur Internet. À force d’essais, elle touche au code, aux réseaux et à des outils bien plus techniques que ceux qu’utilisent la plupart des gens de son âge. Ce n’est jamais devenu une leçon obligatoire entre eux. C’était leur truc.
Enfance et découverte d’Inertia
À l’école primaire, Kira finit souvent avant les autres. Pas par goût des premières places : elle comprend vite, puis s’ennuie. C’est généralement à ce moment-là qu’elle commence à bavarder, à corriger quelqu’un sans y avoir été invitée ou à demander si une consigne inutile est vraiment obligatoire. Après plusieurs évaluations, ses enseignants proposent un saut de classe. Ses parents hésitent surtout à cause de son âge, puis donnent leur accord. La différence avec ses nouveaux camarades se remarque beaucoup au début, de moins en moins ensuite. C’est cette année gagnée qui lui permettra d’arriver en dernière année de lycée à tout juste dix-sept ans.
Cela ne la transforme pas pour autant en élève modèle. Un sujet l’intéresse ? La soirée entière peut y passer. Dans le cas contraire, elle fait ce qui est demandé, obtient une note correcte et n’y pense plus. Les félicitations la laissent assez froide et la compétition scolaire encore davantage. Elle préfère consacrer son temps libre à la course ou approfondir seule les sujets qui éveillent sa curiosité.
Inertia se révèle pendant une séance de sport. En pleine course, Kira heurte un autre enfant. Logiquement, elle devrait tomber avec lui. À la place, le choc laisse dans son corps une sensation compacte, presque électrique, accompagnée d’un bref éclat vert. Au moment de repartir, l’énergie descend dans ses jambes et la catapulte plusieurs mètres plus loin, droit dans un tapis de protection. Plus de peur que de mal, mais personne ne peut faire semblant de n’avoir rien vu.
Les semaines suivantes ressemblent à un bricolage familial. On déplace des meubles, on mesure des distances et son père remplit des tableaux beaucoup trop détaillés. Peu à peu, ils comprennent qu’une faible charge apparaît dès qu’Inertia est active, même si Kira ne bouge pas. Leurs essais montrent que l’aura rassemble les mouvements infimes de sa respiration, de son cœur et de ses muscles, ainsi que les vibrations transmises par le sol. Elle ne crée donc rien à partir de rien. Un mouvement volontaire accélère le phénomène et un véritable impact remplit la réserve bien plus vite. Sa mère fixe les règles : un espace dégagé, aucun essai seule et arrêt immédiat dès qu’un effet leur échappe. Kira proteste parfois, mais elle les suit.
La découverte la plus délicate arrive avec une balle. Kira la garde en main un peu trop longtemps, lui transmet sans le savoir une part de sa réserve, puis la lance. À l’impact, la décharge envoie la cible au sol alors que le lancer, lui, n’avait rien d’exceptionnel. Son père veut comprendre. Sa mère veut surtout que cela ne recommence pas dans le salon. Une limite apparaît vite : après avoir lâché un objet, Kira ne commande plus rien. Ni sa trajectoire, ni la personne qui le touchera, ni l’instant où l’énergie partira. D’où une règle apprise très tôt : ne pas charger ce qu’elle n’est pas sûre de maîtriser.
2022 — 2024
En 2022, Kira entre au lycée à treize ans. Ce sont ses parents qui choisissent pour elle l’École militaire Souvorov de Moscou. À leurs yeux, le programme règle deux problèmes d’un coup : une scolarité solide et un entraînement des capacités suffisamment encadré pour éviter les expériences improvisées à la maison. Leur fille n’est pas consultée très longtemps sur la question. Par principe, elle boude un peu, puis reconnaît que les cours physiques et l’accès à du matériel adapté rendent l’idée supportable.
La première année se passe mieux qu’elle ne l’aurait admis en arrivant. Plus jeune et parfois moins imposante que ses camarades, elle court bien, encaisse correctement et progresse vite. Les parcours d’obstacles sont particulièrement utiles : chaque mouvement alimente Inertia sans qu’elle ait besoin d’attendre de recevoir un coup. Le plus difficile reste le dosage. Une impulsion trop forte suffit à rater une cible. Une frappe chargée sans bon appui la déséquilibre autant que son adversaire.
Les visites médicales imposées aux cadets révèlent aussi une conséquence moins visible de son pouvoir. Inertia amortit les chocs sans faire disparaître toutes les contraintes subies par son squelette. Les médecins repèrent régulièrement de petites microfissures dans ses jambes, ses avant-bras, ses mains et parfois ses côtes. Les zones peu exposées aux impacts ne présentent pas la même adaptation. Avec du repos et un entraînement progressif, elles se consolident et entraînent un remodelage osseux inhabituellement important. Au cours de sa deuxième année, ses os sont devenus assez denses pour mieux supporter les impacts et les accélérations qu’elle leur impose. Cela ne la protège pas d’une véritable fracture, mais son corps encaisse désormais des contraintes qui auraient déjà blessé la plupart de ses camarades.
La discipline, en revanche, lui donne parfois envie de lever les yeux au ciel. Kira exécute les ordres utiles et rend son travail à l’heure. Impossible, en revanche, de l’empêcher de commenter ceux qui sont aboyés avec un peu trop de mise en scène. Ses remarques lui valent des regards noirs, quelques corvées sans importance et les rires mal cachés des autres cadets. Jamais d’avertissement officiel. La plupart du temps, elle sait jusqu’où aller.
Il y a pourtant un garçon avec lequel rien ne passe. Même promotion, même goût pour la confrontation, mais pas grand-chose d’autre en commun. Sa famille connaît plusieurs cadres du lycée et il le rappelle dès qu’une règle risque de s’appliquer à lui. Kira le trouve arrogant. Lui supporte mal qu’une élève plus jeune lui réponde sans baisser les yeux. Leur premier échange désagréable devient une habitude, puis une rivalité que toute la promotion finit par connaître.
Les instructeurs les mettent souvent face à face. Mauvaise idée pour l’ambiance, excellente pour leurs résultats. Lui prend l’avantage lorsqu’il frappe vite. Kira devient plus dangereuse à mesure que l’exercice dure. Aucun ne gagne assez souvent pour clore le débat, ce qui les agace probablement autant l’un que l’autre. Ils se provoquent, s’insultent à demi-mot et repartent chacun de leur côté une fois l’entraînement terminé. Jusqu’en 2024, cela ne dépasse jamais ce cadre.
Pendant sa deuxième année, son utilisation d’Inertia devient moins brutale et beaucoup plus précise. Elle apprend à maintenir un faible débit dans ses jambes pendant plusieurs secondes, puis à l’augmenter brusquement lorsqu’elle doit bondir ou esquiver. Le déplacement lui rend un peu d’énergie, mais jamais assez pour rembourser ce qu’elle vient de dépenser. Finies également les réserves vidées tout entières dans le premier coup venu. Elle en conserve pour une accélération, une esquive ou une seconde frappe et commence à charger du matériel ainsi que des portions du sol sous la surveillance d’un instructeur. Elle n’est pas la meilleure cadette du lycée. En combat prolongé, toutefois, elle fait partie de celles qu’on préfère éviter : chaque choc physique lui fournit précisément ce dont elle a besoin pour continuer.
Au printemps 2024, son dossier est toujours vierge. Les appréciations mentionnent son sarcasme, bien sûr, mais aussi son sérieux pendant les exercices et sa capacité à garder la tête froide. À ce moment-là, personne chez les Orlova n’imagine qu’elle ne remettra jamais les pieds dans l’établissement après l’été.
Printemps 2024
Tout bascule pendant un exercice encadré, au printemps 2024. Pressé de gagner, . Depuis le bord du terrain, Kira et d’autres cadets voient le signal, le dernier coup et le blessé rester au sol. Dans le rapport demandé par l’instructeur, elle écrit exactement cela. Lui parle d’un accident et essaie de brouiller l’ordre des événements. Pas une ligne de son rapport ne change.
Le lendemain soir, il l’attend dans une annexe d’entraînement. Quelques élèves rangent encore du matériel lorsqu’il lui barre le passage et exige une nouvelle version. , mais plusieurs témoignages concordants risquent cette fois de forcer la direction à agir. Kira comprend très bien ce qu’il lui demande — et qu’il s’attend réellement à être obéi, ce qui n’améliore pas son humeur.
"Tu voulais que personne ne raconte ce qui s’est passé ? La prochaine fois, essaie de ne pas le faire devant témoins."
La phrase achève de le faire sortir de ses gonds. Les témoins seront tous d’accord sur un point : avant que quelqu’un ait le temps d’aller chercher un instructeur.
Le premier mouvement passe à côté. Pas le suivant. Inertia absorbe une partie de la force, suffisamment pour éviter que le choc ne l’envoie au sol, mais ne peut rien faire contre le bord tranchant lui-même. L’aura lui ouvre la joue juste sous l’œil gauche. La coupure est fine, profonde, et saigne aussitôt. En portant la main à son visage, Kira voit du rouge sur ses doigts et distingue à peine son adversaire pendant une seconde.
Un ballon de handball traîne à quelques pas. Kira le ramasse, charge presque sans réfléchir et lance. Le ballon percute le torse du garçon. L’énergie part d’un seul coup et le projette contre le mur. Épaule fracturée, plusieurs côtes fêlées. Avec moins de colère — et une meilleure vision — Kira aurait sans doute utilisé une charge plus faible. Sur le moment, elle veut seulement qu’il reste à terre et ne tente pas une troisième attaque.
L’enquête commence le lendemain. Sur le papier, l’affaire paraît simple : plusieurs personnes ont entendu les menaces, vu le premier coup et constaté la blessure de Kira avant sa riposte. Son propre dossier ne contient pas la moindre sanction. La direction trouve malgré tout une façon plus commode de raconter la scène. Leur vieille rivalité devient un . Son témoignage de la veille est présenté comme partial, et sa riposte comme un "usage volontairement disproportionné d’une capacité contre un camarade".
Lui écope d’une sanction mineure. Pour Kira, ce sera le renvoi définitivement. Ses parents contestent, rassemblent les déclarations et réclament un nouvel examen. Rien n’y fait. Le lycée refuse évidemment de reconnaître qu’il protège un élève bien entouré et revient sans cesse aux blessures causées par le ballon. Sous l’œil gauche de Kira, la plaie se referme en laissant une cicatrice nette. C’est la seule partie de cette histoire que la direction ne parvient pas à reformuler.
Quitter la Russie n’est pas une punition décidée sur-le-champ. Sa mère avait déjà évoqué une année scolaire aux États-Unis, jusque-là sans urgence. Après le renvoi, le projet devient la solution la moins mauvaise pour éviter des mois de procédures et une année perdue. Kira accepte, encore furieuse mais pas honteuse. Gagner le recours aurait été préférable, évidemment. Elle refuse cependant de suspendre toute sa vie en attendant des excuses que personne, au lycée, ne semble avoir l’intention de lui présenter.
2024 — 2025
Kira quitte Moscou pendant l’été 2024 : quinze ans, deux valises et une partie de sa famille maternelle prête à l’accueillir aux États-Unis. Ses parents, eux, restent en Russie pour leur travail. Sa nationalité américaine et son anglais courant facilitent les papiers, pas forcément le reste. Les mots sont là, mais elle connaît moins bien les références, les plaisanteries ou cette façon beaucoup plus détendue de parler à certains enseignants. Plusieurs mois après son arrivée, elle compare encore les cours, les habitudes et les réactions à ce qu’elle connaissait en Russie. Quant à son accent russe, impossible de le manquer. Il ressort encore plus quand elle fatigue, parle trop vite ou s’apprête à dire quelque chose de franchement désagréable.
Sa troisième année se déroule dans un lycée américain tout à fait ordinaire. Le renvoi figure dans son dossier, accompagné des témoignages et de résultats scolaires qui empêchent au moins de la réduire à l’incident. Pas question de mentir à ce sujet, mais elle n’a aucune envie de le raconter à chaque nouvelle rencontre. Pour la cicatrice, ses réponses changent selon la personne : la vérité lorsqu’elle apprécie la question, une histoire de loup ou de couteau de cuisine lorsqu’elle veut qu’on la laisse tranquille.
Elle n’est pas rejetée par les autres élèves, mais peine à transformer les conversations ordinaires en véritables liens. Sa réserve passe parfois pour de la froideur, son sarcasme fonctionne moins bien lorsqu’on connaît mal son ton et elle se fatigue vite de devoir expliquer ce qui lui paraît évident. Quelques camarades restent autour d’elle, sans qu’elle leur accorde immédiatement la place qu’occupaient ses repères russes. Kira participe à la vie du lycée quand elle le doit, mais conserve longtemps la sensation d’être de passage plutôt que réellement installée.
Le rythme lui semble presque vide au départ. Plus de programme militaire, beaucoup moins d’entraînements encadrés : si elle veut progresser, elle doit s’en charger elle-même. Alors elle court, alterne les renforcements continus et les libérations soudaines sur des terrains déserts, puis recommence à charger des objets et des points précis du sol avec des quantités volontairement faibles. Le ballon de handball ne lui a pas donné peur de son pouvoir. Il lui a appris quelque chose de moins confortable : avoir raison de se défendre n’empêche pas de mal mesurer les conséquences.
Avec ses parents, la distance demande un nouvel emploi du temps. Ils s’appellent souvent, parfois en russe, parfois en anglais, parfois dans les deux au cours de la même minute. Sa mère suit les démarches administratives de près et lui rappelle qu’être autonome ne signifie pas attendre qu’une situation devienne catastrophique avant de demander de l’aide. Kira prétend avoir compris. Le rappel revient tout de même régulièrement.
Quelques mois après son arrivée, Kira est approchée par le FSB. Le contact ne ressemble pas à une scène de film. Une femme lui donne rendez-vous dans un café, lui montre brièvement une carte officielle et commence par réciter des informations qui ne devraient pas se trouver réunies au même endroit. Elle connaît le renvoi de Souvorov, la situation professionnelle de ses parents, sa double nationalité et jusqu’aux établissements auxquels elle pourrait prétendre après le lycée. Le message est simple. Le service ne lui demande pas de rentrer en Russie, mais de rester exactement là où elle se trouve.
Le projet se construit sur plusieurs années. Grâce à son passeport américain, son niveau scolaire et son aisance dans les deux langues, Kira pourrait un jour rejoindre une administration, une entreprise travaillant avec l’État ou un milieu assez proche du pouvoir pour entendre des choses utiles. Si cette trajectoire ne se présente jamais, elle pourra au moins observer, écouter et transmettre ce qui passe à sa portée. Pour le moment, personne ne lui impose une carrière précise. Son rôle consiste surtout à construire une vie crédible aux États-Unis, à ne pas attirer inutilement l’attention et à rester disponible. Le terme employé est celui "d’agent dormant". Le FSB attend avant tout qu’elle poursuive ses études et s’installe durablement dans le pays sans donner l’impression de travailler pour qui que ce soit.
En échange, on lui promet une aide financière régulière, certains avantages pour ses parents et une place plus confortable pour elle si elle choisit un jour de revenir vivre en Russie. Ses parents ne sont pas informés de cet arrangement. Kira n’accepte pas uniquement pour l’argent. Moscou reste sa ville, le russe sa première langue et la Russie le pays auquel elle pense appartenir le plus naturellement. Son passeport américain lui vient de sa mère, mais il ne suffit pas encore à lui donner le sentiment d’être américaine. Elle n’est pourtant pas assez naïve pour confondre son pays avec ceux qui le dirigent. L’injustice subie à Souvorov lui a appris qu’une institution russe peut mentir aussi facilement qu’une autre. Elle accepte donc sans ferveur particulière, consciente d’être utile au service autant que le service peut l’être à sa famille.
Les tâches qu’elle reçoit restent rares et modestes. Il peut se passer plusieurs mois sans qu’on lui demande autre chose que de confirmer que sa situation n’a pas changé. À quelques occasions, Kira consacre cependant un week-end à une ville proche d’une installation militaire américaine, avec l’argent et les documents nécessaires pour ne pas être arrêtée à l’entrée d’un bar. Elle ne cherche ni plans secrets ni dossiers abandonnés sur une table. Elle repère plutôt les militaires qui aiment parler de leur travail, offre une tournée, écoute leurs plaintes et laisse l’alcool faire le reste. Une date de départ, le surnom d’une unité, un exercice annoncé, un problème de matériel ou une simple remarque sur l’ambiance d’une base peut suffire. On lui a clairement expliqué qu’une information banale devient parfois utile lorsqu’elle est rapprochée de dizaines d’autres.
Kira prend ces quelques missions au sérieux. Observer les contradictions, relancer une conversation sans rendre ses questions suspectes et reconstituer quelque chose à partir de détails dispersés possède même le côté casse-tête qui lui plaît. Elle refuse cependant de transformer chaque personne rencontrée en ennemi. Il lui arrive d’apprécier sincèrement ceux qu’elle fait parler et de laisser de côté les confidences purement personnelles qui n’apportent rien à son rapport. Elle transmet ce qu’elle a appris sans inventer pour paraître plus efficace. Cette limite ne rend pas son activité innocente, et elle le sait. Elle lui permet seulement de continuer sans prétendre que tout ce qu’elle fait est juste.
Au terme de l’année, elle choisit de rester aux États-Unis. Wellston retient son attention pour son niveau scolaire, son internat et surtout la variété des capacités qu’on y rencontre. Elle dépose une demande de transfert ordinaire pour sa quatrième et dernière année. Aucune faveur particulière, aucun passe- droit. Ses parents acceptent le projet. Ils paieront l’internat et lui feront parvenir un peu d’argent pour ses besoins courants et quelques sorties, à condition qu’elle évite de tout dépenser dès la première semaine.
2025 — Mai 2026
À la rentrée 2025, Kira pose ses affaires dans l’internat de Wellston. Seize ans, une classe d’avance et déjà trois lycées en trois ans : elle commence à avoir l’habitude des nouveaux couloirs. Pas question pourtant de présenter cette arrivée comme un nouveau départ. Elle n’a préparé aucun discours sur la personne qu’elle souhaite devenir. Pour l’instant, le programme tient en trois points : obtenir son diplôme, mieux maîtriser Inertia et voir si des études techniques aux États-Unis lui plaisent réellement.
Avec un niveau de 4.6, elle appartient aux Elite-Tiers. C’est assez pour décourager ceux qui cherchent une cible facile, mais aussi pour attirer une curiosité dont elle se passerait bien. Les rapports de force de Wellston ne lui échappent pas. Pour autant, elle ne tente pas de les renverser à elle seule et ne joue pas non plus à la fille qui ne les voit pas. En revanche, elle répond de la même manière à tout le monde, titre ou pas. Certains apprécient. D’autres beaucoup moins.
Les entraînements de Wellston la sortent rapidement de ce qu’elle connaissait à Souvorov. Là-bas, la plupart des exercices reposaient sur le corps à corps, les parcours physiques et des affrontements assez directs. Ici, certaines capacités refusent complètement ce genre d’échange. Kira doit apprendre à tenir avec une réserve basse, à utiliser le terrain plus intelligemment et à reconnaître les combats dans lesquels encaisser un coup ne lui apportera rien. Elle travaille aussi son dosage pour éviter de dépenser trop d’énergie dès qu’une ouverture se présente. Ces adversaires ne rendent pas Inertia moins efficace. Ils lui rappellent simplement qu’elle ne peut pas attendre de sa capacité qu’elle répare toutes ses erreurs.
Pour ne plus dépendre entièrement de ce qu’elle trouve sur place, Kira prend l’habitude de garder quinze billes d’acier dans un petit sac fixé à sa ceinture. Elle les charge une par une au moment de les lancer et dose volontairement leur puissance. Elle sait qu’une bille aussi petite devient facilement mortelle si elle y transfère une trop grande partie de sa réserve.
Le reste du temps est beaucoup moins spectaculaire. Elle court souvent, écoute de la musique et part marcher lorsqu’il y a trop de monde à l’internat. Ses parents appellent régulièrement et continuent de payer l’école ainsi que ses sorties. La relation n’a pas disparu avec la distance. Elle tient désormais dans des messages envoyés à des heures parfois absurdes, de longs appels et des retours à Moscou dès que le calendrier le permet.
Son arrivée à Wellston ne met pas fin à son engagement, mais le silence reste la norme. Des mois peuvent passer sans nouvelle instruction. Le FSB vérifie surtout qu’elle demeure joignable et capable de conserver une existence parfaitement ordinaire. Une demande ponctuelle peut encore occuper l’un de ses week-ends, puis disparaître derrière les cours, l’entraînement et l’internat. Kira se considère toujours bien plus russe qu’américaine et son quotidien à Wellston ne change pas réellement cela. Elle maîtrise la langue, mais peine davantage avec les habitudes, les références et la manière dont les autres se rapprochent les uns des autres. Son accent la désigne immédiatement comme étrangère et elle garde souvent l’impression de vivre dans un pays où tout lui demande un effort supplémentaire. Cette difficulté nourrit son attachement à la Russie, qui reste pour elle le pays de son enfance, de sa famille et de ses premiers repères. Elle n’en ignore pas les défauts et n’a pas oublié ce que Souvorov lui a fait subir. Cela ne suffit pourtant pas à lui donner envie de s’en détourner. Si on lui demandait aujourd’hui de choisir clairement un camp, sa réponse irait encore vers la Russie.
Kira fête ses dix-sept ans le 2 mai 2026. La fin des cours approche, sans que tout soit réglé pour autant. À ses yeux, le renvoi reste une injustice et elle ne cherche pas à cacher la marque laissée sous son œil. Mais elle n’en parle pas chaque matin en se levant. Il lui reste des examens à passer et un choix d’études à faire. Pour une fois, personne d’autre ne prendra cette décision à sa place.